Climat anxiogène
Ce matin, en ouvrant le journal, le premier titre sur lequel je tombe : "Climat. Le niveau de CO2 dans l’atmosphère franchit un nouveau record inquiétant". Une autre journée qui commence sans stress, génial.
Nous sommes en mai 2023, à l’aube d’un été qui s’annonce plus sec que jamais en Europe. La COP28 se prépare tranquillement, le GIEC vient de sortir son dernier rapport sur le climat et l’ordre mondial semble ronronner comme hier, et probablement comme demain. Bref, tout va bien.
C’est tout le paradoxe de notre temps : nous n’avons jamais été aussi informés qu’aujourd’hui sur les effets de nos actions et pourtant nous semblons incapables de prendre des mesures communes ambitieuses, en réponse à ce que (presque) tous les scientifiques du monde nous disent.
Or, les recettes sont là et semblent faciles : plan européen de transition écologique, taxonomie verte, solutions techniques clefs en main, rétroplanning pour une transition écologique efficiente… La liste est longue, riche et variée. Et pourtant, pourtant ! C’est le calme plat.
Face à cet état d’apathie, le GIEC se livre à un rare exercice d’efficacité. Leur sixième rapport (mars 2023) se veut facile à lire, et surtout va directement à l’essentiel. Il nous enseigne tout d’abord que là, c’est sûr, ça chauffe, et pas n’importe comment. Plus rapide et plus forte que prévue, la hausse est déjà de +1,1°C depuis l’ère industrielle, et la grande majorité de celle-ci est directement imputable aux activités humaines.
Le GIEC réaffirme ensuite que l’équilibre de chaque écosystème dépend du moindre microdegré supplémentaire ; il donne aussi des ordres de grandeur sur l’élévation attendue du niveau de la mer – plusieurs mètres d’ici la fin du siècle.
Chose plutôt déprimante, le rapport insiste sur l’urgence de la situation, de l’importance des prochaines années et des manques de moyens financiers pour travailler sur l’adaptation et la mitigation au changement climatique. Il indique bien sûr que ne rien faire coûtera à terme plus cher qu’investir aujourd’hui. Il rappelle enfin l’injustice climatique qui fait pâtir les moins responsables. Déprimant parce que c’était justement le sujet de la COP27 à Charm-el-Cheikh en novembre 2022 et que cette dernière a visiblement échoué à faire bouger les lignes.
Il semble important d’y revenir pour montrer à quel point le GIEC met, de fait, en exergue l’impasse dans laquelle semble coincée l’initiative, pourtant louable.
Que s’est-il donc passé pendant 15 jours en Égypte lors de la COP27 ?
Comme tous les ans, les négociations ont été longues et difficiles, assaisonnées d’invectives des pays du Sud, de morale – ou de justice – climatique, pour finalement s’accorder sur un texte somme toute assez décevant. Trop d’enjeux financiers, trop de politique et surtout pas assez de volonté de changement de l’ordre établi.
L’objectif de 1,5 degré est maintenu au forceps dans le texte final mais semble de moins en moins crédible, les moyens n’étant toujours pas au rendez-vous.
C’est un peu le serpent qui se mord la queue, tout le monde cite tout le monde mais rien – ou trop peu – ne bouge. En effet, la COP rappelle alors le précédent cycle d’évaluation de ce même GIEC (avril 2022) nous informant que les réductions des émissions devront être drastiques et ne suffiront plus : il faudra aussi absorber le surplus.
Aussi, lors de cette COP27, la "justice climatique" est abordée en long, en large et en travers : les riches pollueurs du Nord doivent payer pour les dégâts engendrés par leurs émissions aux pays du Sud, subissant déjà les conséquences du changement climatique. Sur ce point, la COP s’est montrée plutôt positive, du moins symboliquement, car l’accord final retient effectivement la création d’un fonds spécial pour les pertes et dommages, tandis que celui pour l’adaptation aux changements climatiques se voit renforcé. Mais c’est surtout une posture éthique et un aveu de responsabilité.
En effet, aucun engagement contraignant n’a été pris pour approvisionner ces fonds, nécessitant pourtant des centaines de milliards d’euros par an pour être efficace. Chou blanc donc sur qui, sur combien, et sur les contrôles… Sans contraintes, les 500 milliards d’euros annuels qui seront probablement nécessaires d’ici 2050 ne seront jamais atteints et la décision rappelle durement celle à l’origine du Fond Vert, créé à Copenhague en 2009 lors de la COP15, structure similaire mais largement sous-financée.
Pas d’avancée non plus sur les énergies fossiles – contribuant à 75% de nos émissions –, où aucun engagement n’a été pris pour limiter ses usages et ses financements.
Dans cet état de fait, à coups de rapports du GIEC et de conférences sur le climat, nous pouvons évidemment douter de l’efficacité de la prochaine COP, la 28e donc, qui aura lieu en novembre prochain à Dubaï, où l’importance des océans sera mise en avant. La conférence sera aussi l’occasion de faire un premier bilan des progrès des pays en vue de limiter le réchauffement climatique. Nous pouvons aussi espérer – pas trop quand même, on reste à Dubaï – que la question des énergies fossiles sera réabordée.
En tout état de cause, nous pouvons remettre en question la capacité de tels mécanismes à inverser la vapeur et à suffisamment inciter les États à agir fondamentalement différemment et sur des temps raisonnablement courts. Il est vrai, la conférence des parties offre une belle opportunité pour les coups de com’, pour invectiver et pour faciliter les rencontres entre États membres, grands industriels et acteurs de l’action climatique. Cependant, il semble plus qu’évident que la solution n’est pas entièrement là.
Dans les pays du Nord, le travail opéré par les acteurs locaux, leur engagement, leur force de proposition et leurs solutions adaptées à leurs territoires est primordiale. Celles-ci s’accompagnent de plus en plus par la volonté des citoyens à radicalement changer de modèle de société ainsi que par le travail fantastique des petites et moyennes entreprises, trouvant des moyens ingénus pour exister en mettant la durabilité au cœur de leurs modèles.
Il y a donc espoir. Ne lâchons rien, et essayons de rester positif. D’ici là, bon été.