L’écologie et l’environnement : Un enjeu mondial, une responsabilité politique partagée
Etat des lieux mondial
L’écologie et la protection de l’environnement sont devenues des préoccupations centrales au niveau mondial. Au cours des dernières décennies, la communauté internationale a pris conscience de l'urgence climatique et des répercussions des activités humaines sur la planète. Le réchauffement climatique, la perte de biodiversité, la pollution de l’air et des océans, ainsi que l’épuisement des ressources naturelles constituent des défis majeurs auxquels l’humanité doit faire face.
Le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) de 2021 a mis en lumière l’accélération du réchauffement climatique, soulignant que la température moyenne mondiale pourrait augmenter de 1,5°C dès 2030 si les émissions de gaz à effet de serre (GES) ne sont pas drastiquement réduites. Cette augmentation entraînerait des phénomènes météorologiques extrêmes, une élévation du niveau de la mer et des conséquences dramatiques pour les écosystèmes et les populations humaines.
Malgré ces constats alarmants, les engagements pris lors des accords internationaux, comme l'Accord de Paris de 2015, peinent à être respectés. Aujourd’hui, ces engagements dirigent déjà le monde vers un réchauffement de près de 3 degrés d’ici à la fin du siècle. Pourtant, les émissions mondiales de GES continuent de croître, en grande partie à cause de l’utilisation des énergies fossiles, de la déforestation et de l’agriculture intensive.
Sur 42 indicateurs de la transition écologique, 41 révèlent des tendances insuffisantes, très insuffisantes, voire complètement à contresens comme le financement public des énergies fossiles. Seule la part de l’électrique dans les ventes de voitures est satisfaisante puisqu’elle a plus que triplé depuis 2020.
Toutefois, tandis que certaines régions du monde peinent à mettre en œuvre des politiques durables, d’autres, notamment en Europe, font mieux, avec des objectifs ambitieux pour la transition écologique.
La France : Un bilan mitigé
La France, souvent perçue comme un acteur majeur dans la lutte contre le changement climatique, présente un bilan écologique contrasté. D'un côté, elle a été un des moteurs de l'Accord de Paris et se positionne régulièrement en faveur d'une action climatique forte sur la scène internationale. De l'autre, ses performances montrent qu'il reste encore beaucoup à faire pour atteindre les objectifs fixés.
Depuis 2015, la France a mis en place plusieurs initiatives visant à réduire son empreinte carbone et à favoriser la transition écologique. La loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, adoptée en 2015, a fixé des objectifs clairs : réduire de 40 % les émissions de GES d’ici 2030 par rapport à 1990, augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique à 32 % d’ici 2030 et à 40% de la production d’électricité, et diminuer la consommation énergétique finale de 50 % d’ici 2050.
Pourtant et à titre d’exemple pour illustrer les avancées sur le sujet, pour la deuxième année consécutive, le Réseau Action Climat a réalisé un état des lieux de la transition écologique de l’industrie française, responsable de 17,5% des émissions nationales. Force est de constater que l’industrie n’a pas encore entrepris sa décarbonation et affiche des réductions d’émissions surtout dues à la baisse de la production en France. Entre 2022 et 2023, l’industrie française a réduit ses émissions d’environ 7,5%. Cependant, la moitié de cette baisse est imputable à la baisse de production de produits comme l’acier et le ciment. Les feuilles de route des industriels restent opaques et l’objectif 2030 d’atteindre une réduction de 36,5% des émissions par rapport aux niveaux de 2023 semble inatteignable sans un investissement massif dans l’économie circulaire, la sobriété et l’innovation estimé à 48 milliards d’euros d’ici 2050.
La France par rapport à l’Europe : Bon ou mauvais élève ?
À l’échelle européenne, la France se situe dans une position intermédiaire. Si elle est en avance sur certains aspects, notamment grâce à son électricité décarbonée et à la place importante du nucléaire dans le bouquet final de la production d’électricité, elle accuse un retard sur d’autres comparé à ses voisins européens.
L’Union européenne (UE) a mis en place un cadre réglementaire strict pour encadrer les politiques environnementales de ses États membres. Le Pacte vert pour l’Europe, lancé en 2019, vise à faire de l’UE le premier continent neutre en carbone d’ici 2050. Pour atteindre cet objectif, plusieurs directives ont été adoptées, notamment le Système d’échange de quotas d’émission (SEQE), qui impose des plafonds d’émissions pour les industries lourdes, et la Directive sur les énergies renouvelables (RED), qui fixe des objectifs contraignants pour la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique des États membres.
Dans ce contexte, la France est moins ambitieuse que l’UE sur ses objectifs avec une diminution des émissions de GES de 15% moins importante que les objectifs européens pour 2030.
En comparaison avec d’autres pays européens, la France affiche des résultats moins satisfaisants en termes de respect de l’environnement et de déploiement des énergies renouvelables. Le Portugal, par exemple, a déjà atteint une part de plus de 60 % d’énergies renouvelables dans son mix de production électrique, contre environ 30 % pour la France fin 2023, avec un retard sur ses objectifs estimés à 6 mois pour le solaire et à 18 mois pour l’éolien. L’Allemagne, malgré sa dépendance au charbon et à son choix de sortir du nucléaire, a fortement investi dans les énergies renouvelables, notamment sur l’éolien et le solaire. Résultat, en 2024, le gouvernement fédéral allemand estime que les objectifs climatiques 2030 seront atteints, soit une réduction de 65% par rapport à leur niveau de 1990, soit 15% de plus que les objectifs français sur la même période. La neutralité climatique allemande quant à elle est visée pour 2045, soit 5 ans avant la France et l’ensemble de l’UE.
Entre 2022 et 2023, les émissions GES en France ont baissé de 5,8% ce qui est là encore plus conjoncturel que structurel (année chaude, effet post rebond covid-19 toujours perceptible, inflation limitant les émissions des ménages) contre 8% au niveau de l’UE.
Sur le volet environnemental, en particulier sur le recyclage des plastiques, la France fait figure de mauvais élève. Celle-ci a dû verser un milliard et demi d’euros à l’Union européenne pour avoir échoué à atteindre ses objectifs de recyclage des déchets plastiques. En effet, seulement 23 % des déchets d’emballages plastiques ont été recyclés en France, bien loin de l’objectif fixé à 40 %. À titre de comparaison, des pays comme la Slovaquie atteignent un taux de 60 %, tandis que la Belgique et l’Espagne dépassent les 50 %.
L'urgence d'un gouvernement engagé pour l'écologie
Le contexte politique actuel en France n’aide pas la mise en œuvre de politiques cohérentes et durables. Depuis les élections législatives de 2024, la France est confrontée à une situation politique complexe et inédite. Dans quelle mesure les investissements nécessaires seront confortés par le vote du budget 2025 ? La question reste encore ouverte à l’heure de l’écriture de ces lignes. Avec certitude, le contexte actuel affaiblit la capacité de l’Etat à pérenniser les investissements de long terme, ô combien nécessaires, et à continuer de légiférer pour des mesures fortes en matière de politique écologique et environnementale.
Déjà, les précédentes réformes écologiques se sont heurtées à des résistances politiques et sociales, souvent exacerbées par des mouvements de contestation tels que les Gilets Jaunes, qui ont montré l'opposition d'une partie de la population à des mesures perçues comme punitives ou socialement injustes. Aujourd’hui, l’inflation, la sécurité en Europe, et d’autres sujets comme la réforme des retraites n’aident en rien et repoussent les questions écologiques au second plan. Or, la transition écologique ne peut simplement pas être reportée à plus tard.
Il y a là un enjeu certain pour la France en Europe : celui d’être force de proposition sur ces sujets et lutter par la même occasion contre sa perte d’influence. Si elle échoue, cela affaiblira encore plus sa position au sein de l'UE, puis cette dernière dans les négociations internationales, ce qui ne ferait que ralentir la transition écologique au niveau mondial.
Perspectives pour la France
La France doit redoubler d’efforts et accélérer. Déjà, la réduction des émissions du secteur des transports, soit environ 30% des émissions globales, est essentielle. Par exemple, cela passe par :
Une synergie de l’ensemble des niveaux de gouvernance (régions, métropoles, territoires) avec les acteurs de l’écosystème des transports et des mobilités (gestionnaires d’infrastructures, opérateurs de transports, gestionnaires de réseaux énergétiques, constructeurs, industriels, usagers, etc.) ;
Une accélération du développement des infrastructures pour les véhicules électriques et du réseau électrique ;
Une meilleure intégration des problématiques de transport dans les appels d’offres de marchés publics.
Ensuite, la France doit agir fortement sur l'agriculture, qui doit également évoluer vers des pratiques plus durables. La transition vers l’agroécologie, l’agriculture biologique, et la réduction de l'utilisation des pesticides sont des étapes cruciales et actuellement trop mijaurées pour atteindre les objectifs environnementaux fixés.
Enfin, la France doit renforcer son engagement dans la protection de la biodiversité, notamment en s'assurant que les objectifs fixés par la stratégie nationale biodiversité 2030 sont atteints, et en continuant à promouvoir des politiques de conservation similaires au niveau européen et international.
Un défi collectif et une responsabilité politique
L’écologie et la protection de l’environnement ne sont pas des défis que la France, ou n’importe quel autre pays, peut relever seul. Ils nécessitent une coopération internationale et un engagement global à long terme. La France, bien qu’en retard sur certains aspects, a toujours le potentiel de devenir un modèle pour la transition écologique en Europe, grâce à sa diversité territoriale, géographique et climatique. Cependant, cela nécessite un gouvernement stable, engagé, capable de traduire les ambitions en actions concrètes et en donnant une place suffisante aux territoires, plus à même de mettre en œuvre les bonnes solutions, et ce, au plus vite.